Ce texte ci-dessous a été écrit par Alexandre Dumas, c’est le comte de Monte-Cristo qui parle:
Sans doute, continua Monte-Cristo, je fais trois catégories dans les fortunes : fortune de premier ordre, fortune de deuxième ordre, fortune de troisième ordre. J’appelle fortune de premier ordre celle qui se compose de trésors que l’on a sous la main, les terres, les mines, les revenus sur des Etats comme la France, l’Autriche et l’Angleterre, pourvu que ces trésors, ces mines, ces revenus, forment un total d’une centaine de millions ; j’appelle fortune de second ordre les exploitations manufacturières, les entreprises par association, les vice-royautés et les principautés ne dépassant pas quinze cent mille francs (*) de revenu, le tout formant un capital d’une cinquantaine de millions ; j’appelle enfin fortune de troisième ordre les capitaux fructifiant par intérêts composés, les gains dépendant de la volonté d’autrui ou des chances du hasard, qu’une banqueroute entame, qu’une nouvelle télégraphique ébranle ; les spéculations éventuelles, les opérations soumises enfin aux chances de cette fatalité qu’on pourrait appeler force mineure, en la comparant à la force majeure, qui est la force naturelle ; le tout formant un capital fictif ou réel d’une quinzaine de millions.
(Dumas, Alexandre Père. Comte de Monte-Cristo, Le (French Edition) (p.877). Edizione del Kindle)
C’est très intéressante, car il nous dit ce que pouvait être la pensée générale en France au XIX siècle. On commence par la fortune de premier ordre, que c’est une fortune immobilière, bien que dans la fortune immobilière soient compris aussi les rentes liées aux titres des états principaux. Cela fonctionne car, depuis l’époque du Premier Empire, les rentes d’état ont été incluses dans ce qui était considéré comme faisant partie des revenus nobles.
Enfin, nous pouvons faire un exemple concret : Dumas évoque un capital de 100 millions de francs pour le premier ordre, donc on peut considérer une rente annuelle de 5 millions à peu près. Il est difficile de comprendre la comptabilité de M. Dumas, puisque en 1808 le revenu d’un duc était fixé au minimum de 200 mille francs: des milliers, pas des millions.
(*) Quinze cent mille francs est une ancienne façon de dire un million et demi. En français, les centaines à partir de 1100 pouvaient être exprimées comme « onze cent, douze cent… ». Au XIXe siècle, on utilisait cette méthode pour toute numération. Au XXe siècle, elle était employée principalement pour les dates allant de 1100 à 1900 (dix-neuf cent), lorsque l’on voulait parler de manière sophistiquée
